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Gitans de la mer
30 juillet 2006 à 11h38 :: rss
Je suis dans la mer d’Andaman. Pour gagner du temps et booster les occasions de rencontres, nous avons loué un speed boat pour la semaine. Bon, d’accord, ça peut faire poule de luxe de prime abord, mais vous savez en basse saison (c'est-à-dire juin, juillet), il ne vous en coûtera que 240 euros par jour (comprenant un hors-bord 2 X 240 chevaux, le carburant, 2 (très beaux) pilotes, tout l’équipement nécessaire au snorkling, des fruits et des boissons à volonté. Sachant que l’on tient facilement à 6 amis, je vous laisse faire le calcul par jour et par personne. A bon entendeur…
Nous arrivons sur Pee Pee Island (remember La Plage avec Caprio et Ledoyen… à couper le souffle ! Aussi beau que dans le film !!!!). C’est vraiment le paradis. Une succession de cartes postales. Les plages sont toutes plus belles les unes que les autres. L’eau est cristalline et d’un bleu turquoise incroyable. Je ne rêve que d’une chose : plonger la tête la première !!!
En contournant l’île, on distingue un petit village de pêcheurs installé sur une des plages dont je vous ai parlées. On accoste. A nouveau (cf. billet « Bourreau malgré moi », j’ai l’impression que le village d’Astérix a emménagé sur la riviera !). Pi Chay, le chef du village, nous accueille avec un large sourire (oui, je sais c’est un pléonasme en Thaïlande…). Il nous explique qu’ils vivent de la pêche aux calamars. Organisés en coopérative, les 30 habitants du village sillonnent la mer et s’installent de façon temporaire (c'est-à-dire 6 mois) sur des plages qui leur paraissent les plus propices à la pêche. Derrière cette joie de vivre se cache malgré tout une vraie misère : pas d’électricité, de l’eau de pluie et surtout le souvenir encore douloureux du Tsunami qui a décimé un quart du village. C’est ainsi que Pi Chay a « adopté » le fils de ses voisins disparus dans le raz de marée…
Plutôt que de me la jouer faignasse sur une des plages de l’île, je décide de profiter de l’hospitalité de Pi Chay et de sa famille pour quelques jours. Il est près de 19H00. J’aide Pi Noun, sa femme, à préparer le dîner : une simple soupe de poissons à la citronnelle et au citron vert, des dorades frites au Nam Pla et bien sûr du riz, incontournable -pour info, « manger » en thaï se dit « kin khao » (manger riz)- . On dîne et puis on se couche. Pas question de faire une grâce mat demain : le calamar n’attend pas !
6H00 du mat.
J’ai troqué mon speed boat pour le bateau de Pi Chay. Je n’y perds pas au change. Il est magnifique, surtout avec les parures destinées à amadouer les esprits de la mer... L’embarcation croule littéralement sous les casiers à calamars que son fils de 13 ans, Pi Khon, réalise à ses heures perdues. Nous voilà volant vers le large. Pi Khon m’apprend à parer les casiers avant de les jeter à la mer. Un protocole très rigoureux : détacher le casier (sans faire tomber les autres, c’est là que ça se gatte !!!), attacher des ovules de calamars (destinés à attirer les mâles) au centre du casier les casiers, fixer une grosse pierre faisant office de corps-mort sous le casier et une petite sous le flotteur, prendre soin de dénouer la ficelle longue d’une vingtaine de mètre (moi qui est toujours été nul en macramé je ne vous raconte pas…), pour enfin mettre le tout à l’eau de façon délicate… Ca multiplié par 25 casiers : la matinée risque d’être bien remplie, d’autant qu’il est nécessaire de respecter un distance de près de 100 mètres entre 2 casiers mis à l’eau. Je prends vite le pli et peux donc soulager Pi Khon. Pi Chay est plutôt amusé de me voir travailler et content que l’on ait gagné ainsi du temps. Sur le chemin du retour, alors qu’il laisse le gouvernail à son fils, il se roule un petit pétard et nous voilà comme 2 collégiens à nous prendre du bon temps. Dieu que ces Thaïs savent vivre !!! Sanuk mak mak…
Le lendemain, manœuvre inverse : on reprend le bateau. Cette fois-ci sans son fils. Je vois bien que Pi Chay a détecté le marin qui sommeillait en moi ! On lève les casier un a un. En moins d’un quart d’heure le champ de vision idyllique se transforme en un tableau apocalyptique : le ciel se noircit et la pluie finit par s’abattre sur nous avec une force inouïe. Pi Chay reste impassible. J’ai bien compris qu’il ne fallait pas trop que je la ramène. Je m’exécute et continue de remonter les casiers sans broncher. Au début bredouille (ces chameaux de calamars ont boulotté les ovules et ont trouvé le chemin de la sortie !), la pêche devient tout à coup miraculeuse. 2, puis 3 puis 7 par casier ! Je n’avais encore jamais vu un calamar fraîchement pêché : translucide, à la limite du transparent, avec des yeux ronds énormes et moirés… un joyau de la nature. Le plus impressionnant étant les éternuements que la créature produits par l’asphyxie et pour finir l’encre qu’elle sécrète, ultime et vaine tentative d’auto-défense…
Pi Chay a l’air plus que satisfait de sa journée. On s’auto congratule et pour le remercier de son accueil, je lui propose de cuisiner, pour lui et sa famille, le butin de la journée…« à ma sauce » cette fois-ci. Il accepte volontiers, intrigué par ce que peut bien donner un « farang » (occidental) aux fourneaux.
Grosse pression en perspective. Je n’ai vraiment pas envie de les décevoir. Il me revient en tête une recette apprise à Bali à base de crevettes. Je me dis qu’avec du calamar, ça peut le faire. Au menu donc : calamars épicés à l’ail frit et aux basilic.
Pi Chay m’aide à parer les calamars et à me préparer un feu de camp sur la plage.
((/Robinson Crusoé en aurait été vert de jalousie ! Au préalable, je fais la tournée des popotes pour rassembler les ingrédients indispensables : ail, échalotes, piments, nam pla, sucre, aubergines thaïes (les petites vertes qui ressemblent à des petits pois) et basilic chinois (celui qui sent l’anis, la menthe et la basilic, un peur condensé de bonheur !). Pour l’huile, je leur ai réservé une petite surprise : en plus de mon kit de survie de cuisine, j’ai pris soin de venir avec un petit bidon d’huile d’olive. Choc de culture en perspective… Pi Noun m’a gentiment mis à dispo son wok et sa planche à découper. Je m’éclate comme un fou à cuisiner dans cette cuisine improvisée de plein air, malgré les puces de sable géantes qui me piquent les mollets. L’avantage du calamar, c’est que ça cuit vite (10 minutes suffisent). Plus longtemps et vous servez un plat de chamallow à vos invités ! Alors je trace et je bats le rappelle dès que c’est prêt. Je dois avouer que je suis un tantinet anxieux : même s’ils sont adorables, mes nouveaux amis ne sont pas du style à être indulgents et encore moins à faire « comme si » par simple politesse. Moment de vérité... Ils goûtent, un peu réticents et dubitatifs. Pression… j’ai l’impression d’être comme un sportif olympique attendant le résultat du jury. Victoire ! Je les vois se resservir et crier « Aroy mak mak ! » (C’est super bon !). Bémol, ils ont tout de même rajouté « May pet nit noy ! » (Pas assez épicé !). Bon, là on ne se refait pas. Je resterai toujours quoi qu’il arrive un « farang »…
Recette des calamars épicés à l’ail et au basilic

Ingrédients pour 4 personnes :
2 calamars parés (mettez la pression sur votre poissonnier) et coupé en lamelles de 1 centimètre de large.
3 cuillérées à soupe d’huile d’olive (pas très asiat tout ça, mais je vous assure, Pi Chay et sa famille ont adoré !)
2 têtes d’ail hachées
4 échalotes émincées
3 piments d’oiseau finement hachés
2 poignées de petites aubergines thaïes (bon pour ça, jetez l’éponge et troquez les aubergines par des petits pois frais ou surgelés)
1 poignée de feuilles de basilic
2 cuillérées à soupe de nam pla (nuoc mam)
2 cuillérées à soupe de sauce d’huître (dispo dans toutes les épiceries asiatiques)
1 cuillérée à soupe de sucre en poudre
Le jus d’un citron vert
Faites chauffer l’huile dans le wok et faites revenir l’ail haché jusqu’à ce qu’il soit doré. Réservez ce dernier.
Faites dorer les échalotes, ajoutez les calamars et faites revenir le tout sur feu vif pendant 5 minutes en remuant sans cesse.
Ajoutez le reste des ingrédients (sauf le basilic et le jus de citron) et faites revenir pendant 3 minutes en continuant de remuer.
Coupez le feu. Ajoutez le basilic et le jus de citron vert. Remuez.
Saupoudrez d’ail frit juste avant de servir.

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