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Serveur d’un jour
01 août 2006 à 20h08 :: rss
Ubon Ratchatani. Une ville à l’extrême Est du pays, à la frontière du Laos. Une des régions les moins touristiques de Thaïlande. Les guerres de tribus rendaient, jusque depuis peu, le climat très peu sûr, en plus de la pauvreté de son industrie et de son agriculture… Si vous vous y rendez, ne comptez pas vous la jouer poule de luxe en vous prélassant dans un palace, mais misez plutôt sur la découverte d’une région en décalage complet avec le reste du pays…
… mais néanmoins splendide : des rizières à perte de vue, un camaïeu de verts, des cours d’eau aux couleurs changeantes et une gastronomie excellente auront tôt fait de vous conquérir. Rajoutez à cela une « fête des bougies » à l’occasion de la mousson et là vous n’aurez plus aucune excuse…
Me voilà donc arpentant les rues de cette ville très provinciale. Tantôt je suis dans une ville, tantôt à la campagne. Va savoir… En tout cas, des grues et des bétonneuses me poussent à croire que cette quiétude ne va pas durer. Rendez-vous dans 2 ans et mon plan de la ville sera bon à aller au panier ! J’en profite donc et m’enquiers du programme des réjouissances. Je m’étais imaginé que cette fête consistait à mettre à l’eau des petites chandelles allumés (reposant sur des feuilles de bananier pliées en forme de petites barques), en vue d’expier ses mauvaises actions. Clichés quand tu nous tiens…
Il n’en est rien. En fait, cette manifestation n’est ni plus ni moins qu’un grand concours inter temples (bouddhistes) de sculpture sur bougies !!!. Mais attention, pas n’importe quelle bougie .Il s’agit là de sculptures géantes, entre 3 et 5 mètres de haut et environ 8 de long, représentant chacune des scènes bouddhistes : dragons, moines, chevaux et autres bestioles sacrées sont donc à l’honneur.
Près de 60 temples de la région participent à cet événement. Dans chacun d’eux, tous les moines sont réquisitionnés. Ils disposent d’environ un mois pour réaliser les œuvres, pas plus. Tout simplement parce qu’avant, cela correspond à la saison chaude (avril à mai) et qu’il serait vain de vouloir travailler la cire d’abeille sous une telle chaleur (ça fond au-delà de 40 C°, à moins de se complaire dans la création éphémère…). Les œuvres sont ensuite exhibées sur d’immenses chars le temps d’une parade dans la ville. Je me rends donc dans un des temples de la ville. Je décide donc d’apporter ma maigre contribution à l’édifice en me collant à l’atelier dentelle (là, c’est la bigouden qui sommeille en moi qui se réveille !). Bon, c’est pas gagné d’avance, mais je dois reconnaître que le cours de sculpture sur fruits dispensé par Adjan Yinsak (cf. Ma journée avec Adjan Yinsak) m’est quelque peu bénéfique. Et cette fois-ci sans me couper. Merci Adjan !
Il me reste une journée à « tuer » d’ici le défilé et ce n’est pas les attractions culturelles de la ville qui vont s’en charger. Je décide donc le lendemain matin de me mettre en quête d’un restaurant sympa où je pourrais déguster un lap de porc. Il s’agit d’une spécialité de la région absolument délicieuse. Ce n’est autre que l’ancêtre du steak tartare poêlé. On troque les câpres par des piments, les cornichons par de la citronnelle et le persil par de la ciboules et de la coriandre. Ajoutez un peu de Nam Pla en guise de Worcestershire sauce et de ketchup et le tour est joué ! Je me sers donc de mes quelques mots de thaï appris au cours de mon voyage (déjà 4 semaines, je n’en suis pas encore à rêver en thaï, mais parfois à jurer : c’est plutôt bon signe…) pour tchatcher bons plans et bonnes tables avec une petite vendeuse de Pad Thaï dans une échoppe de rue. J’arrive tant bien que mal à lui faire comprendre que je suis en recherche d’authentique, pas un piège à touristes (même si dans la région, cela apparaît comme une hérésie tellement il y a peu de touristes…). Elle m’indique une adresse sur les bords du fleuve. Très pittoresque selon elle.
Je hèle un taxi-mobilette et m’y rends sans plus attendre. Il est midi et là je trouve un restaurant vraiment insolite : des cuisines installées sous des cannis, un ponton traversant le fleuve et desservant de parts et d’autres des petits salons privatifs (si les frères Costes voyaient ça, ils doubleraient leur fortune en développant ce concept sur Paris ! ). Tout simplement incroyables !!! Dans chaque salon, se tiennent des familles entières, venues prendre du bon temps sur le fleuve, commandant pléthores de plats (bien plus que ce qu’ils pourront ingurgiter) et faisant trempète quand la chaleur devient vraiment intenable. Sanuk mak mak !!! Il me vient une idée. Plutôt que de m’attabler bêtement et commander MON lap favori, je leur demande de m’engager pour la journée, maintenant que ma (petite) maîtrise du thaï me le permet. Patcharin, la patronne de l’établissement accepte avec un grand éclat de rire. Au moins, elle se dit qu’elle ne va pas s’ennuyer avec un « farang » dans ses rangs… Aussitôt dit, aussitôt fait : elle me fourgue un plateau dans les bras et attend que je lui pose la question clé : « Key aray ?» (C’est pour quelle table ?). Pas si top brêle que ça le farang… Me voilà parti pour un service pas comme les autres. Les plateaux sont super lourds car bondés de plats, notamment (histoire de compliquer l’exercice) des soupes arrivant à raz bord de leur récipient… Le ponton est non seulement étroit (l’enfer lors des croisements de serveurs), mais en plus très instable. Une erreur de ma part et c’est la catastrophe : le plateau et moi par-dessus bord. Ouf, il n’en est rien. Il fait une chaleur de bête (au moins, si je tombe, la fraîcheur de l’eau n’en sera que consolation…). Pour pimenter le tout, il faut naturellement se déchausser avant de pénétrer dans les petits salons flottants (j’ai bien fait de troquer les Caterpillar par les Birkenstock…). Je deviens vite l’attraction du restaurant, les clients tchatchant avec moi, me demandant comment j’en suis arrivé là. On papotte, on rigole, on fait des photos avec toute la famille, on me propose des coups à boire ; « May pen rai ka, pom khan tham ngan ! » (Désolé, je ne peux pas, je suis en service !). Dommage, il fait tellement bon vivre en leur compagnie… Même si je ne suis pas d’une efficacité redoutable, je sens que la patronne est ravie par toute cette effervescence autour de moi. Certains salons demandent même à la patronne s’ils peuvent être servi par moi. D’autres finissent par recommander des plats (alors qu’ils ont terminé de manger depuis longtemps), pour le simple plaisir de me voir arriver avec un plateau et lancer à la cantonade : « Sawadee Krap, Ma leo Krap ! » (bonjour, patience j’arrive !) … Trop cool.
Je n’y ai encore pas fait allusion, mais côté assiette, c’est tout simplement du délire ! Des poissons à la tête de serpent à l’ail et au basilic (une tuerie !), des Tom Yam (soupes) aux fruits de mer à tomber par terre, des poulets marinés et cuit dans l’ancêtre du four. Focus sur le prototype de Rozières (un comble pour un pays où il n’existe officiellement pas de four…) : le poulet (mariné dans une pâte de piments, de la sauce soja et du nam pla) est ensuite embroché sur une pique fixée dans le sol. On recouvre le tout d’une énorme boîte de conserve vide (genre boîte de petits pois que l’on trouve dans les collectivités). On dispose des écorces de noix de coco tout autour en remontant jusqu’en haut du bidon. On craque une allumette et le tour est joué. Il suffit de 20 minutes seulement (et oui, ce four fait également combiné micro-ondes…) pour obtenir un poulet croustillant à l’extérieur et fondant à l’intérieur. Un pur bonheur de saveurs et de consistance. Enfin, je lève le secret de la recette du fameux lap (voir plus haut) mais là, grand luxe, au canard !!! Pour plus de détail, rendez-vous au prochain billet… Une recette pour le coup vraiment insolite et unique (en 4 semaines, je n’avais encore jamais eu l’occasion de m’y frotter), ce sont les « Dancing Shrimps » (« Kang Ghoung » ou « crevettes dansantes »). Une tablée m’avait passé commande de ce plat. Intrigué par le titre, je demande à un des cuisiniers de me faire une démo express. 1/ Allez pêcher les crevettes ! Il nous est tous arrivé au moins une fois dans un restaurant de lancer alors que l’on s’impatiente de voir arriver notre plat « ils sont partis le pêcher ou quoi ! » et bien là c’est pour de vrai !!!! 2/ Ajoutez les condiments : piments, nam pla, jus de citron vert, ail frit, échalotes émincées et coriandre ciselée. 3/ Mélangez…. Servez et mangez tant que les crevettes sont encore frétillantes !!!
Dingue, moi qui croyais que « dancing » sous entendait que les crevettes étaient sautées minute et bien non elles restent crues et sautillantes comme si elles dansaient ! Les Thaïs en sont fous !!! C’est de sentir la bestiole bouger en bouche qui les existe… Va comprendre. Ca reste entre nous, mais moi je n’ai pas trouvé ça top délire. J’ai beau parler un peu le thaï, il me faudra encore pas mal de temps pour me familiariser avec ces bizarreries culinaires…

Commentaires
1. Le 01 septembre 2007 à 23h46, par durian
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