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Crise de foi à Chang Mai
08 août 2006 à 09h55 :: rss
Chang Mai, 5H00 du mat. J’arrive de Bangkok par le train de nuit. J’ai laissé mon sac à dos à la consigne de la gare et me rends en pousse-pousse au marché couvert situé dans la vieille ville. Le conducteur est une vraie figure locale, tout droit sorti du film « Les tontons flingueurs » : un casque colonial, des Ray ban, une chemise prête à céder sous l’embonpoint, un short vraiment court, des chaussettes bleu marine remontées jusqu’au genoux et des mocassins trop petits…
A mi-parcours, je n’en peux plus de le voir peiner et, pour blaguer, je lui propose de prendre sa place et lui la mienne. Contre toute attente, il me prend au mot et me voilà à 5.30 dans les rues (déjà bondées) de Chang Mai à pédaler comme un forcené et surtout à souffler comme un bœuf pour tirer les quelques 130 kilos qui se trouvent derrière moi !

Arrivée au marché. C’est l’effervescence. Tout le monde fourmille. Les stands de nourriture sont en pleine action : currys, nouilles sautés, saucisses grillées, beignets, crêpes… ça dépote un max. J’ai même retrouvé Mikaël Jackson qui vend, incognito, des bananes rôties !

Malgré l’heure encore très matinale, toutes ces senteurs me mettent en appétit. Je m’installe à une petite table et commande un Khao Soï, un curry rouge de poulet aux nouilles croustillantes. Une tuerie ! Quelques personnes sont, comme moi, attablées, mais la majorité préfère la formule « take-away » et là les Thaïs sont rois en la matière : il leur suffit d’un petit sachet en plastique, d’un élastique et surtout d’un tour de main avisé pour vous conditionner n’importe quelle portion de façon élégante, raffinée et très gourmande.
Soudain, j’assiste à une véritable « invasion » de moines. Ils arrivent par dizaine de toute part dans les allées du marché. Ils ont tous en main une sorte de grande soupière et là je comprends mieux le succès du « take-away » : c’est l’heure de offrandes. A partir de 6H00, les moines sortent des temples et se rendent dans la ville pour collecter la nourriture offerte. Pour info, le bouddhisme leur interdit d’acheter de la nourriture. Leur survie alimentaire ne doit être assurée que par la générosité des fidèles. Ils n’ont droit qu’à un seul repas par jour qui doit être pris avant midi.
Me voilà tout à coup pris d’une crise de foi… bouddhiste j’entends ! Je prends donc le plis et achètent 5 repas composés chacun d’un sachet de curry vert de crevettes, un autre de riz gluant, un troisième de salade de papaye verte et quelques douceurs pour finir (notamment des « foïe tong », des Baklavas thaïes dont je raffole). J’ai emprunté une cagette à un vendeur pour stocker tout ça (4 X 5 sachets, vous imaginez la masse d’offrandes !). Je ne mets pas longtemps à trouver les heureux bénéficiaires.
4 novices (c’est comme cela que l’on appelle les moines juniors, tous âgés entre 7 et 13 ans) accompagnés de leur maître Prapayoun, âgé lui de 23 ans. A tour de rôle, ils ouvrent leur soupière et je dispose consciencieusement mes petits sachets à l’intérieur. Je crois bien avoir fait pêter leur record de l’année : pour preuve, ils n’arrivent quasiment pas à refermer le couvercle de leur récipient, tellement ce dernier déborde de nourriture !
Fidèle à mon habitude, je tape l’incruste et me voilà tchatchant avec Prapayoun sur le chemin du retour. Il m’explique que les novices sont pour la plupart des jeunes issus de milieux très défavorisés ; les parents voyant, par ce biais, un moyen d’éduquer leurs enfants et de soulager leurs charges financières. J’essaye d’en savoir un peu plus sur le rapport des moines à la nourriture : Y’a-t-il des jours où il n’y a pas assez en quantité pour nourrir tout le temple ? des jours où ce n’est vraiment pas bon ? dans ce cas, n’abstiennent-ils ? Que cuisinent-ils lorsqu’ils ne peuvent pas faire autrement ? A toutes ces questions, Prapayoun reste très réservé et surtout très bouddhiste : « On ne se pose pas la question de savoir si c’est bon ou pas, s’il y en a trop ou pas assez. C’est comme ça. Manger n’est pas une fin en soi. C’est la méditation qui prime. C’est pour cela que l’on n’a pas le droit d’acheter de la nourriture. Notre temps doit être optimisé pour la prière… ». Bon, sur ce point, vous vous en doutez, je ne peux abonder dans son sens. Je préfère malgré tout m’abstenir de tout commentaire. Je n’ai vraiment pas envie de contrarier mon nouvel ami… Au contraire, je ne peux résister au plaisir de lui offrir un « kit d’offrandes » (véridique !) que j’ai glané au marché : il s’agit d’un sceaux en plastique bourré de mille et une kitcheries à destination des moines : savon, riz, lessive, gâteaux secs, soupes déshydratées…
…Ma foi, avec tout ça, ce serait bien le diable si je ne gagne pas des points pour mon Karma !!!

Recette du Khao Soï
Ingrédients pour 6 personnes :
300 grammes de nouilles aux œufs
300 grammes de blancs de poulet coupés en petites lanières
4 échalotes émincées
6 gousses d’ail hachées
3 tiges de citronnelle finement hachées
3 petits piments rouges frais
50 cl de lait de coco
½ litre de bouillon de volaille
2 cuillérées à soupe de sauce soja
2 cuillérées à soupe de nam pla (nuoc mam)
Le jus d’un citron vert
1 cuillérée à soupe de sucre
2 cuillérées à café de pâte de piment rouge
4 cuillérées à soupe d’huile végétale
Une cuillérée à soupe de coriandre hachée
Poivre
● Faites cuire 200 grammes de nouilles dans une casserole d’eau bouillante. Egoutez-les et réservez-les.
● Faites chauffer 2 cuillérées à soupe d’huile et faites y frire les 100 grammes restant de nouilles. Egoutez-les et réservez-les.
● Faites chauffer les 2 cuillérées à soupe d’huile restant et faites revenir les échalotes, l’ail et la citronnelle pendant 2 minutes.
● Ajouter le bouillon et le lait de coco. Couvrez, puis laissez mijoter pendant 3 minutes.
● Ajoutez le poulet, la sauce de poisson, la sauce soja, le sucre, la pâte de curry, le poivre. Mélangez et laissez mijoter pendant 3 minutes.
● Ajoutez les nouilles égouttées, le jus de citron vert, puis la coriandre
● Servez la soupe dans des bols individuels et parsemez de nouilles frites et de quelques feuilles de coriandre.

Commentaires
1. Le 28 janvier 2007 à 18h43, par Ringo Churros
2. Le 28 janvier 2007 à 19h00, par clubimmo
3. Le 29 janvier 2007 à 09h35, par laurentdu31
4. Le 29 janvier 2007 à 10h35, par fred le libraire
5. Le 29 janvier 2007 à 12h01, par ELISABETHBREST
6. Le 29 janvier 2007 à 18h23, par richard
7. Le 02 février 2007 à 17h19, par fatima zohra
8. Le 03 février 2007 à 10h19, par nancy
9. Le 10 février 2007 à 07h40, par orog
10. Le 13 avril 2007 à 20h47, par lory
11. Le 13 avril 2007 à 20h49, par lory
12. Le 07 juillet 2007 à 23h24, par sisko
13. Le 25 juillet 2007 à 19h27, par vic
14. Le 01 février 2008 à 08h35, par patricia
15. Le 09 mars 2008 à 16h17, par onsfoudkilao
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